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nov 04

J’ai dévissé ma tête

homme_sans_tetePar un beau matin de printemps, dans la lumière naissante derrière mes stores baissés, j’ai dévissé mon cou pour en retirer ma tête. Elle a coulissé si facilement sous les torsions de mes mains ! Et mon corps, ainsi séparé, s’est mis à jongler, la faisant sauter ou rouler de tout côté !

Et puis, par une série de gestes chirurgicaux, il l’a soigneusement empaquetée dans une boîte de cèdre noire. Je m’en souviens, lui préférait le chêne ou le sapin, mais après tout, c’était ma boîte où je me trouvais, et il se plia à ma volonté !

Ben entendu, ainsi enfermé, je ne voyais pas plus loin que le bout de mon nez, mais je m’en fichais ! Dans la pénombre éternelle, mon corps libéré de toute pensée intelligente ou intelligible, expédia malheureusement le colis à ton adresse.

Il n’y est jamais parvenu et tu me soutenais que jamais, non jamais, tu ne l’avais reçu ! Mais je ne voulais ni ne pouvais entendre : ma tête en boîte sourde à l’appel des sens !

Je t’imagine te prendre la tête avec mon corps, tête baissée, à la recherche de la sienne, égarée quelque part, par mégarde, on ne sait où. Et de le renvoyer, séance tenante, une nouvelle fois, loin de toi, une fois pour toute et tout en une fois !

Mais peut-être est-ce un mensonge, tu t’en disais souvent, et la conserves-tu quelque part, à l’abri de mon regard ! Un trophée de plus ? Ou bien simplement la gardes-tu de peur d’oublier, qu’un jour, tu m’as aimé ?

Quant à mon corps, il erre depuis à travers les rues, à la recherche de sa tête. Et les badauds à son encontre de raconter dans son dos : « Le pauvre ! Il a perdu la tête ! »

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