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août 26

Le rendez-vous

93152330Le choix du lieu est aussi important en covoiturage que le paiement final avant de laisser partir vos compagnons de route sous le soleil couchant de l’ouest sauvage…

Aussi important que lorsque vous invitez votre nouvelle conquête ! L’analogie est la même : on évite toujours d’emmener sa petite amie dans le Mcdo©®tm d’un centre commerciale régional derrière les usines de retraitement de la banlieue Est de n’importe quelle cité du monde ! Et si par malheur vous lui donniez rendez-vous, sans aller la chercher, vous risqueriez de l’attendre longtemps… et vous pourriez d’ors-et-déjà vous en trouver une autre !

Le rendez-vous doit, surtout, être accessible à pied ou en métro ! L’Amish©®tm proposant ses services à ceux qui n’ont pas de voiture justement !

C’est ainsi que mon colocataire, Raphaël, s’est retrouvé dans une histoire étrange alors que je le déposais dans la zone nord d’un complexe d’entrepôt vers 18H en plein crépuscule, sous une pluie battante. Je l’ai vu s’éloigner et, pour tout vous dire, espérer secrètement qu’il ne revienne pas en voyant l’endroit. – Manque de bol, il est revenu, avec de nouveaux amis, mais c’est une autre histoire…

Il y avait une vieille station essence aux pompes mécaniques légèrement rouillées qui attendaient depuis une éternité d’être actionner. Mais le pompiste n’en faisait rien, il devait même jusqu’à avoir oublié leur propre existence, peut-être même la sienne à fixer du regard une horloge murale au-dessus de sa porte.

Raphaël, sac en bandoulière et sourire niais, fit sonner la clochette d’entrée sans qu’il ne cille une seule fois, les yeux toujours levés au ciel à fixer chaque seconde s’égrainer. Assis sur un banc de fortune, Raphaël attendait, lui-aussi. Il n’y avait que ça à faire de toute façon.

A 18H pile, une voiture s’engagea dans le parking de la station et le pompiste, réanimé, sortit un fusil de sous son comptoir. Raphaël le salua de la tête avant de sortir sans remarquer, une seule seconde, l’arme.

Il s’avança dans le silence oppressant de la nuit et ses pas résonnaient sur l’asphalte détrempé tandis qu’il se dirigeait vers la berline noire. La porte s’ouvrit à l’arrière mais personne n’en sortit. Y voyant une invitation, il s’engouffra à l’intérieur.

Le conducteur de la voiture, trench-coat noir, le regardait à travers le rétro-viseur, ses yeux perçant d’un bleu profond.

_ C’est toi l’Amish ? Dit-il avec un accent italien prononcé.

_ Ouais, Raphaël, enchanté !

Il avança sa main, mais le conducteur n’en fit rien. Il resta un moment le bras suspendu pour rien avant de se rasseoir.

_ Il y a quoi dans ce sac ?

_ Oh ! Juste mon linge sale… répondit Raphaël

Le conducteur éclata de rire !

_ Ouais, moi aussi je transporte mon linge sale dans le coffre !

A ce moment, une autre voiture arriva et déposa un homme caché dans imper gris et un long chapeau. Il entra à l’arrière et sursauta de surprise en voyant Raphaël assis à côté de lui.

_ C’est qui ça ? Demanda-t-il, choqué.

_ Vous inquiétez pas, répondit le conducteur, c’est un Amish !

_ Amish ou pas, nous devions être seuls !

_ Bonjour, moi c’est Raphaël, fit-il en tendant sa main !

_ Relaxez-vous, il n’y a rien à craindre !

_ Bon, vous l’avez au moins ? Demanda l’homme à l’imper qui éluda magnifiquement la main tendue de Raph.

_ C’est dans le coffre.

_ Il y a intérêt à ce que ce linge sale ne m’éclabousse pas !

_ J’ai un ami nettoyeur si ça vous intéresse ! Il fait disparaître les tâches rapidement, sortit fièrement Raph !

Le conducteur éclata de rire, contrairement à l’homme à l’imper.

_ C’est une menace, demanda ce dernier ?

_ Non ! Pourquoi ? C’est juste pour vous aider, répondit-il naïvement.

L’homme à l’imper se tourna alors vers le conducteur.

_ Ecoutez-moi bien ! Dans cette histoire, on est dans le même bateau vous et moi…!

_ Ben non, c’est une voiture, commenta Raph !

_ …Et c’est pas un mormon…

_ Amish, rectifia le conducteur.

_ … qui va me faire peur ! Mon Ost…

_ Hey ! Pas la peine d’être malpolie, cria Raph ! Vous voulez que je le fasse descendre ?

Et le conducteur d’éclater encore de rire.

_ Non, gamin, pas la peine. Quant à vous, tout est réglé, vous avez juste à le récupérer dans le coffre.

L’homme à l’imper sortit, furieux, ouvrit le coffre et le referma violemment en sortant un compteur d’eau.

_ Bizarre ce mec, se dit Raphaël tout haut. Tout cette histoire pour un compteur d’eau cassé !

Et la voiture de partir de la station essence. Le pompiste sortit sur le pas de la porte, sous la lumière défectueuse de son installation, fusil à la main, cigarette allumée sans éprouver de gêne à fumer prés des pompes.

Il s’avança vers l’homme à l’imper et lui tapota l’épaule au moment où ce dernier rentré dans sa voiture. En se retournant, il n’entendit que le bruit assourdissant de l’arme.

Dans la voiture Raph sursauta.

_ Tiens, on dirait qu’il y a de l’orage !

_ Hé hé ! Je t’aime bien gamin !

Il passa sa main à l’arrière afin de le saluer chaleureusement.

_ Alors on est parti ! Et tu vas me raconter ta petite histoire, gamin…

Le vieux pompiste, au-dessus du corps ramassa la seule chose qu’il l’intéressait, une montre à son poignet qui égrainait chaque seconde.

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