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août 19

Sur la bienséance langagière

petrolanL’autre jour, alors que j’effectuais quelques emplettes nécessaires, je tombe sur un shampoing qui devait me permettre de renforcer mes cheveux, afin de ralentir la lente progression de ma calvitie. Alors que je me penche sur le produit, à lire ce qu’il contient, son effet – juste pour me rassurer que, oui, il s’agit bien d’un produit pour les dégarnies latents… – et tandis que je m’attends à voir, sur l’étiquette du bas, la sempiternelle : « anti-chute », voilà que le nouveau produit porte la mention, bien plus classieuse de : « cheveux en situation de chute » !

Certes, il y a toujours celles et ceux qui ne saisiront pas le choc et le sourire que cela peut provoquer en la lisant. Cela reste tout à fait logique, la chute est une situation comme une autre, et un cheveu peut parfaitement être dans ce cas précis !

Après tout, l’une des définitions de situation est celle-ci : État dans lequel se trouve une chose à un moment de son évolution.1

Il s’agit donc d’un état naturel du cheveu que de se retrouver en position de chute… ? Vraiment ? Ce n’est pas l’homme qui perd ses cheveux ? Non ? Vous entendez la différence entre les deux phrases ?

Dans le dernier cas, nous annonçons clairement que l’homme devient chauve, tandis que dans le premier, nous le sous-entendons implicitement – pléonasme voulu – en déplaçant le problème à travers le langage : le cheveu ne chute pas directement, il se trouve sur le point de le faire !

C’est ce qu’on peut appeler de la bienséance langagière ! Cette même bienséance qui vous interdit d’utiliser certains termes, certaines familiarités, rentrés, désormais, dans une nouvelle catégorie, qui n’est pas non plus vulgaire, mais plutôt politiquement incorrecte !

Et c’est en cela que je m’insurge aujourd’hui ! Cette forme latente de perversion hypocrite qui affadie notre langage au nom d’un respect d’autrui a priori, puisque cela rejoint la très controversée discrimination positive – on y reviendra peut-être dans ces pages !

Ainsi, en exemple de cette perversion, le terme nègre littéraire – déjà en soit une bienséance langagière puisque le terme réel consacré est nègre – qui désigne, donc, comme son nom l’indique, l’écrivain qui prête sa plume à la place d’un autre, est peu à peu remplacé par le terme plus correcte d’écrivain fantôme ou, en France, tout du moins, par son homologue anglais de ghost writter ! (oui, parce qu’en France on aime les anglicismes).

Certes, je ne nie pas que le mot nègre peut générer une connotation négative due à l’esclavage et à la colonisation. A contrario, le Ghost Writter peut faire rêver par son côté romanesque d’écrivain à la pige modulant son style pour s’adapter à une œuvre plus grande qui le dépasse… La réalité est bien plus sombre, il me semble. Ce travail à la pige a tout de la traite négrière tant la plume fantôme disparaît dans l’ombre de son maître qui en tire tout bénéfice ! – Le papier de banque est fabriquée avec du coton…

Que ce soit dans l’acceptation ou le refus de ce « parler correcte », c’est un fait : il est partout, matraqué à longueur de journée, on ne peut y échapper ! Mais je continuerais de choquer par mon parler « crûment » si familier, tout comme, je l’espère encore cent ans, la gouaille parisienne et le joual québécois !

La langue est si fragile, pourquoi la forcer de peur de la casser !?

1CNRTL :http://www.cnrtl.fr

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