«

»

nov 11

Un après-midi de chien

Pluie sur la ville de Robert Le Madec

Vous connaissez le dicton quand il pleut ? A se couvrir pour éviter d’être mouillé tandis que l’eau ne cesse de tomber, pourtant on a beau tout essayer, on finit toujours par l’être !

C’était un après-midi gris et bas. Il ne cessait de pleuvoir depuis le matin, une pluie longue et fine qui humidifiait la ville au complet. L’asphalte retenait l’eau et les gouttières dégorgeaient légèrement, quant à la route, mauvaise, pleine de flaques dans lesquelles les voitures aimaient tant à rouler pour éclabousser le pauvre piéton sur son trottoir, tenant fébrilement son parapluie ou sa capuche, espérant qu’aucun coup de vent ne vienne les retourner.

La pluie a sa propre odeur, sa propre ambiance et son propre sentiment. Personne n’y échappe et tout le monde passe son temps à attendre la fin, bien confortablement installé dans son salon, prés du radiateur, à regarder au-dehors l’eau couler sur les vitres dans un tintement perpétuel. Quant à ceux à l’extérieur, rien ne les emplit de désir que de se retrouver chez eux à faire la même chose !

En voiture la pluie est si hypnotique qu’elle peut vous bercer dangereusement. Un carrefour au feu rouge, un peu d’embouteillage, les phares allumés sous le gris sombre d’un après-midi finissant bien trop tôt. On finit par écouter le son des essuie-glaces qui raclent la vitre en rythme sous la distorsion des lumières à travers les gouttes encore collées aux vitres ! Elles diffusent ce rouge et ce jaune si particulier, si intrinsèque à la ville, à son propre vide…

Conduire sous la pluie, c’est tromper l’ennui finalement, jusqu’au moment où l’on arrive finalement chez soi, encore humide à l’intérieur de cette saucée si importante. Quant à ceux qui sont sur la route, c’est la longue attente à voir défiler sous le regard tant de pluies si différentes. Il arrive même qu’on s’aperçoive de son évolution. D’une pluie intermittente à la pluie drue, des gouttes qui tombent lentement à celles, de côté, balayées par les vents, une pluie qui s’arrête, hoquette sous une éclaircie, comme pour reprendre son souffle – ou plutôt sa salive – avant de reprendre de pluie belle, plus loin !

C’est ainsi que l’on passe le temps, à rouler vers la nuit, à voir sa vision s’amenuiser à mesure d’avancer, comme un aveuglement des sentiments flottant dans l’air lourd. Les larmes salées perdent leur goût amer, lavées par l’eau qui tombe du ciel. On en oublie notre tristesse pour retrouver, finalement, un spleen de bonne augure, ardemment désiré, dans la solitude de l’habitacle sous la musique folk d’un chanteur quelconque et les simples paroles qui racontent la même virée à travers un après-midi pluvieux.

Conduire seul, en silence, lors d’un après-midi de chien, c’est peut-être se retrouver le plus solitaire des êtres. Alors, lorsqu’on arrive chez soi, à prendre un café ou un chocolat, la tasse fumante sous le nez, on allume la TV, zappe sur n’importe quel chaîne, juste n’importe laquelle qui rappelle, par ses niaiseries, qu’il n’y a que la stupidité de la télévision qui se rappelle cet ennui.

Et puis, après tout, ce n’est que se réchauffer le cœur que d’oublier un moment qu’il pleure aussi fort qu’à l’extérieur… La seule beauté, surannée il faut s’en dire, d’un après-midi de chien, seul en ville.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser les balises HTML suivantes : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>